QNH, Rémy Rivoire
Un projet du CAIRN, centre d’art et du FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le cadre d’Itinéraire Bis, un parcours dans les Alpes de Haute-Provence.
site internet de Rémy Rivoire
PLAN D’EXPOSITION
1. La carte n’est pas le territoire, spirale cordes, 2009
2. Exhéréda, Idocrase, Décodera, Détartrée, Rotacé, sculptures en bois, 2009
3. QNH, installation lumineuse, 2009
4. Réseau, installation, cordes noires, 2009
5. Sans titre, installation, bois et néons, 2009
Rémy Rivoire, jeune artiste marseillais, a été invité par le FRAC Provence-Alpes-Côte d’ Azur et le CAIRN centre d’art, pour réaliser une exposition in situ dans la galerie du CAIRN.
L’un des aspects singuliers du CAIRN, en tant que lieu de production et de diffusion de l’art contemporain, est la proposition faite aux artistes de venir en résidence à Digne, au sein du vaste territoire de la Réserve Géologique de Haute-Provence. Ils s’imprègnent ainsi des lieux et réalisent un projet artistique sur mesure, qui prend la forme d’une exposition temporaire dans la galerie du CAIRN, ou celle d’installations pérennes ou éphémères dans la nature. C’est dans cet état d’esprit de découverte et de déambulation entre art et science que Rémy Rivoire a investi le centre d’art du CAIRN.
Présentation de l’exposition QNH de Rémy Rivoire
Entre jeu interactif et instrument du savoir, l’installation déployée dans la galerie du CAIRN reprend les différents éléments du langage graphique emprunté à la géographie, à la géopolitique, à l’économie pour révéler les distances qui fragmentent notre monde géographique, culturel, politique et social.
L’artiste Rémy Rivoire choisit pour l’exposition QNH d’explorer le langage sous toutes ces formes, comme autant de signes visuels ayant la possibilité d’être détourné de leur sémantique initiale. Les matériaux et les titres retenus sont faits pour désorienter le spectateur d’un savoir culturel et normé, du sens commun.
Il modifie les échelles de perception en repensant les codes connus, les déplace pour multiplier les points de vue.
” D’habitude, je sais toujours plus ou moins où je suis, je parviens toujours à me repérer puisque tout est fait pour m’orienter et me tenir en place : je peux m’orienter dans l’espace physique grâce à la codification métrique et cartographique, dans l’espace humain grâce à la codification langagière, et dans l’espace même de mon corps grâce à la codification anatomique. Les codes sont toujours là pour soutenir mon existence, me fournir une grille d’analyse, un quadrillage de significations qui me protègent contre la sensation du vertige. Et quand cette sensation ressurgit, que ” le silence des espaces infinis m’effraie” comme l’écrivait Pascal, les codes symboliques et sociaux remettent ma pensée en route, et mes affects d’angoisse en déroute. De la même manière que Descartes affirmait “Je pense, donc je suis”, je constate que “là où on me code, où on me fournit une grille de repérage, je suis “. Mais, en inversant les axes, un certain Lacan a pu jeter un doute sur cette suprématie du code signifiant en remarquant que ” je pense là où je ne suis pas, donc je suis où je ne pense pas”. En prenant les cartes, paradigmes du code, comme objet central de son travail, Rémy Rivoire cherche lui aussi, de façon singulière, à mettre en déroute la pensée codificatrice, et à dénouer les fils du sens qui emprisonnent cet espace primaire auquel, d’habitude, nous ne pensons pas : le corps brut, vivant, pulsionnel .” ¹
Les œuvres
La carte n’est pas le territoire ²
Cette Å“uvre réalisée en cordes d’escalade fait allusion à la région montagneuse dans laquelle elle est produite. La corde relève, d’une façon générale, d’une symbolique de l’ascension, comme l’arbre, l’échelle, le fil d’araignée. Elle représente le moyen aussi bien que le désir de l’ascension. La corde comme lien mais aussi moyen de conquête pour de nouveaux territoires…
En tissant “une carte qui n’est pas une carte”, Rémy Rivoire suggère que le territoire est avant tout une image mentale. La représentation que nous nous faisons de la réalité n’est pas la réalité elle-même, la carte d’une ville n’est pas la ville elle-même.
Rémy Rivoire emprunte le titre La carte n’est pas le territoire à Alfred Korzybski. Dissimulé au sein même de l’oeuvre, le titre est cité sous la forme du code morse représenté graphiquement en sections de cordes.
Alfred Korzybski était un scientifique, à l’origine ingénieur et expert des services de renseignements, qui orienta par la suite ses travaux vers les sciences humaines. Il considère que le langage n’est pas la réalité mais “une carte verbale de la réalité” en opposition à Aristote pour qui le langage est un miroir fidèle de la réalité.
René Magritte mettait déjà en abîme dans Ceci n’est pas une pipe les systèmes de représentations, écrit et peint, en référence à l’approche nouvelle pour l’époque d’ Alfred Korzybski. L’œuvre de Rémy Rivoire apparaît comme un préambule, énonçant l’utilisation des codes du langage comme outil de désorientation volontaire afin “d’appréhender l’espace infini non plus à la manière d’un arpenteur, mais à la manière d’un naturaliste, qui s’étonne de l’incroyable vitalité des formes laissées à elles-mêmes, délestées de toute responsabilité d’avoir à porter un sens ” ³.
QNH
QNH signifie : “quelle est la pression atmosphérique ? “. Cette installation lumineuse emprunte le langage “code Q”. Le code Q est un ensemble de codes de trois lettres utilisées par les opérateurs radio. Il a été développé en 1912 afin de faciliter les communications, à cette époque essentiellement en Morse, entre les opérateurs en mer de différentes nationalités. Encore une fois, dans le travail de Rémy Rivoire, tout est Question de langage, un langage détourné, sorti de son champ d’application habituel pour d’autres significations possibles, et pourquoi pas poétique.
Solides de Platon : Exhéréda, Idocrase, Décodera, Détartrée, Rotacé
Non sans humour, Rémy Rivoire détourne l’intitulé géométrique des solides de Platon par un jeu d’anagrammes. L’artiste nous invite à les redécouvrir de manière plus imagée : le Tétraèdre (4 faces) est “détartrée ” ; l’Hexaèdre (6 faces) “exhéréda ” signifie désavantager ; l’Octaèdre (8 faces) se révèle “rotacé”, terme de botanique pour désigner la forme d’une roue ; le Dodécaèdre (12 faces ) “décodera” ; tandis que l’Icosaèdre (20 faces) devient “idocrase “, nom minéralogique d’une roche métamorphique. Les solides de Platon intéressent Rémy Rivoire pour leur esthétique géométrique. Ces formes parfaites jouent un rôle premier dans la philosophie de Platon qu’il associe d’ailleurs aux quatre éléments physiques : Feu, Air, Eau, Terre. Ces solides, dits aussi ” volumes de Platon “, ont beaucoup influencé la science et la technologie. Ils sont visibles à l’état microscopique et naturel (structures cristallines ou virus). Rémy Rivoire tend dans cette exposition à proposer une représentation subjective de ces polyèdres réguliers, dont les reconstitutions possibles sont démultipliables. On passe de formes parfaites à informelles. Chaque polyèdre construit par l’artiste est modulable, ce qui multiplie leur mise en forme.
Sans titre
L’œuvre Sans titre, installée au fond de la galerie du CAIRN, sont les résidus ou formes en creux des solides de Platon. Architecture en ébauche par son agencement de panneaux, Sans titre rappelle les décors utilisés dans le cinéma ou les arts de la scène, où la ville se retrouve schématisée et en arrière-plan.
La société tend vers une urbanisation extensive, et même les “campagnes” s’urbanisent. Géographiquement, les communes rurales se rapprochent de plus en plus près des villes, pour constituer de grands ensembles amalgamés, sans respiration aucune. Et c’est cette dualité que Rémy Rivoire veut mettre en évidence, ici dans le contexte de la Réserve Géologique de Haute-Provence.
Un territoire vaste et protégé, certes, mais non dénué d’aménagements, ne seraient-ce que ceux qui en signalent l’existence (panneaux signalétiques, informatifs, musée de site…). Comme la cartographie, qui donne un cadre et qui par ses lignes délimitent les frontières, l’urbanisme et les aménagements de territoire nous cadrent à l’intérieur d ‘un espace : les rues, l’architecture des bâtiments, les commerces et leurs enseignes, les routes bitumées, et les panneaux signalétiques sont autant de repères visibles et rassurants. En opposition aux non-lieux, c’està - dire non-aménagés, qui necessitent une autre manière de s’orienter, non-assistée et plus intuitive.
Réseau
Le Réseau présenté ici n’est pas sans rappeler les œuvres antérieures de l’artiste exposées aux Archives départementales pour Itinéraire Bis : Cartes écorchées, Planisphère économique et politique, et Sans titre. Rémy Rivoire découpe, prélève de la matière sur des cartes routières et géographiques de façon chirurgicale. On l’imagine aisément, le scalpel à la main, soustraire les informations nécessaires à la compréhension d’une cartographie afin de donner une autre lecture de ce paysage en plan. Dans 1/1 000000 ou Sans titre, il choisit de garder uniquement les réseaux routiers. Ce n’est plus une carte mais une dentelle colorée qui s’offre au spectateur. Le regard se perd tout d’abord et fini par se repérer grâce au code couleur universel.
Que ce soit dans ses cartes ou ses peintures murales, Rémy Rivoire travaille le langage de la ligne et du plan.
Au CAIRN, le Réseau est matérialisé par des cordes noires. Noir comme l’ensemble des œuvres de la galerie. En utilisant cette couleur l’artiste ne souhaite pas rentrer dans les codes, ni nous renvoyer à une légende.
Il privilégie la forme comme langage et écriture dans l’espace. Le réseau est une forme primordiale : il rappelle celui des routes, d’un système nerveux, des rhizomes…
Symbolique du mouvement ou symptomatique de la propogation ?
Notes
1. Alex Renault, Rémy Rivoire, Un art du dénouement, 2007
2. Alfred Korzybski, Une carte n’est pas le territoire, Prolégomènes aux systèmes non-aristotéliciens
et à la sémantique générale, 1933
3. Alex Renault, Rémy Rivoire, Un art du dénouement, 2007
L’exposition QNH de Rémy Rivoire est une production du FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur et du CAIRN centre d’art.
Le CAIRN centre d’art et le FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur remercient le Groupement de Gendarmerie des Alpes de Haute-Provence, le club alpin français de Haute-Provence, la société Millet et l’association Sport et Nature, pour la mise à disposition de leurs anciennes cordes d’escalades, matériel qui a contribué à la réalisation de certaines Å“uvres de l’exposition QNH de Rémy Rivoire.

Galerie photo d’Itinéraire Bis au CAIRN centre d’art
Médiation autour de l’exposition de Rémy Rivoire au CAIRN centre d’art
- Mise en place d’un “jeu de déambulation” dans l’œuvre Réseau de R. Rivoire avec les maternelles de l’école des Arches
- ” L’Odyssée Bis des Seynois ” : une nouvelle façon d’explorer. Carnet pédagogique permettant la visite du parcours Itinéraire Bis mis en place pour les 6e du collège Marcel André de Seyne-les-Alpes (PDF) : Carnet de visite Odyssée bis – Itinéraire Bis
- Le journal de M. …, célèbre explorateur des Alpes de Haute-Provence, un aventurier découvre le territoire de Digne et Itinéraire Bis… Carnet pédagogique permettant la visite du parcours Itinéraire Bis mis en place pour les 5e Art du collège Maria Borrély de Digne-les-Bains, Le journal de M. …, célèbre explorateur des Alpes de Haute-Provence (PDF) : Carnet de visite Itinéraire Bis : M…. célèbre exploarateur explorateur
Informations pratiques
Contact : Émilie Respriget, Médiatrice / 04 92 31 45 29 / cairn@musee-gassendi.org
Adresse : Musée Promenade / 04000 Digne-les-Bains
Pour les scolaires sur rdv : du mercredi au vendredi
Tout public : du jeudi au vendredi, 9h30-12h et 13h30-17h
Tags: Informations Générales

















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